COMEDIENNES - ACTRICES    UNE | COMEDIENNES | NOUVELLES ACTRICES | PHOTOGRAPHES | VIDEOS - BANDES-DEMOS | CHANTEUSE   

SARAH BERNHARDT : L'AIGLON - EDMOND ROSTAND (Audio)




AUDIO : Sarah Bernhardt dans l'Aiglon d'Edmond Rostand 1910



SARAH BERNHARDT : L'AIGLON - EDMOND ROSTAND



LE DUC
Flambeau!...

Silence. Puis, le râle de Flambeau s'élève. Le Duc regarde autour de lui
avec effroi. Il se voit seul dans cette immense plaine avec ce mourant. Il
frissonne, il recule un peu.

Mais ce soldat couché là, maintenant,
Me fait peur! -- Eh bien! quoi! ça n'a rien d'étonnant
Qu'un grenadier français dans cette herbe s'endorme,
Et cette herbe connaît déjà cet uniforme!

Il se penche sur Flambeau en lui criant :

Oui, la victoire!... Au bout des fusils, les shakos!

FLAMBEAU, dans son râle.
A boire!

DES VOIX, dans le vent.
+ A boire!... A boire! +

LE DUC, tressaillant.
Oh! -- Quels sont ces échos?

UNE VOIX, très loin.
+ A boire! +

LE DUC, essuyant une sueur à son front.
Dieu!

FLAMBEAU, d'une voix rauque.
Je meurs...

DES VOIX, de tous côtés, dans la plaine.
+ Je meurs... Je meurs... +

LE DUC, avec épouvante.
Son râle
Se multiplie au loin...

UNE VOIX, se perdant.
+ Je meurs... +

LE DUC
sous le ciel pâle!
-- Ah! je comprends!... Le cri de cet homme qui meurt
Fut, pour ce val qui sait tous les râles par coeur,
Comme le premier vers d'une chanson connue;
Et quand l'homme se tait, la plaine continue!

LA PLAINE, au loin.
+ Ah!... ah!... +

LE DUC
Ah ! je comprends!... plainte, râle, sanglot,
C'est Wagram, maintenant, qui se souvient tout haut!

LA PLAINE, longuement.
+ Ah!... +

LE DUC, regardant Flambeau qui s'est raidi dans l'herbe.
Il ne bouge plus!

Avec terreur.
Il faut que je m'en aille!
Il a vraiment trop l'air tué dans la bataille!

Sans le quitter des yeux, il s'éloigne, à reculons, en murmurant.

Ce devait être tout à fait comme cela!
Cet habit bleu... ce sang...

Et tout d'un coup il prend la fuite. Mais il s arrête, comme si le soldat
mort était encore devant lui.

Un autre...

Il veut s'enfuir d'un autre côté, mais il recule encore en criant

Un autre, là!...

Une troisième fois il est arrêté.

Là...

Il regarde autour de lui.

Partout, s'allongeant, les mêmes formes bleues...
Il en meurt!...

Reculant toujours comme devant un flot qui monte, il s'est réfugié au
sommet du tertre d'où il découvre toute la plaine.

Il en meurt ainsi pendant des lieues!.

TOUTE LA PLAINE
+ Je meurs... Je meurs... Je meurs... +

LE DUC
Ah! nous nous figurions
Que la vague immobile et lourde des sillons
Ne laissait rien flotter! Mais les plaines racontent,
Et la terre, ce soir, a des morts qui remontent!

LA TERRE, sourdement.
Ah!

Un murmure de voix indistinctes grossit, se rapproche dans les herbes
mystérieusement agitées.

LE DUC, grelottant la fièvre.
Et que disent-ils, dans cette ombre, en rampant?

UNE VOIX, dans les hautes herbes.
+ Mon front saigne! +

UNE AUTRE
+ Ma jambe est morte! +

UNE AUTRE
+ Mon bras pend! +

UNE AUTRE, plus oppressée.
+ J'étouffe sous le tas! +

LE DUC, avec horreur.
C'est le champ de bataille!
Je l'ai voulu, c'est lui!

Les voix montent et se précisent. On entend un grouillement sinistre :
des plaintes, des râles, des imprécations.

UNE VOIX
+ De l'eau sur mon entaille! +

UNE AUTRE
+ Regarde, et dis-moi donc ce que j'ai de cassé! +

UNE AUTRE
+ Ne me laissez donc pas crever dans le fossé! +

LE DUC
Ah! des buissons de bras se crispent sur la plaine!

Il veut marcher.

Et je foule un gazon d'épaulettes de laine!

UN CRI, à droite.
A moi!

LE DUC, chancelant.
J'ai glissé sur un baudrier de cuir!

Il va vers la gauche, faisant à chaque instant le mouvement d'enjamber.

UNE VOIX, à gauche.
+ Dragon! tends-moi les mains! +

UNE AUTRE, répondant froidement.
+ Je n'en ai plus. +

LE DUC, éperdu.
Où fuir?

UNE VOIX MOURANTE, tout près.
+ A boire! +

CRI AU LOIN
+ Les corbeaux! +

LE DUC
Oh! c'est épouvantable!
Oh! les soldats de bois alignés sur ma table!

L'OMBRE, LE VENT, LES BROUSSAILLES
+ Oh!... +

LE DUC, avec désespoir.
Spectres chamarrés de blessures, vos yeux
M'épouvantent! Du moins, vous êtes glorieux!
Vous portez de ces noms dont la patrie est fière!

A l'un de ceux qu'il croit voir.

Comment t'appelles-tu?

UNE VOIX
+ Jean. +

LE DUC, à un autre.
Toi?

UNE VOIX
+ Paul. +

LE DUC
Et toi?

UNE VOIX
+ Pierre. +

LE DUC, fiévreusement, à d'autres.
Et toi?

UNE VOIX
+ Jean. +

LE DUC
Et toi?

UNE VOIX
+ Paul. +

LE DUC
Et toi, dont les pieds nus
Saignent sans cesse?

UNE VOIX
+ Pierre. +

LE DUC, pleurant.
Ô noms, noms inconnus!
Ô pauvres noms obscurs des ouvriers de gloire!

UNE PLAINTE, derrière lui.
+ Soulève-moi la tête avec mon sac! +

UNE VOIX MOURANTE
+ A boire! +

LE CHAMP DE BATAILLE, dans un râle fait de milliers de râles.
Ah!...

TUMULTE DE VOIX
+ Les chevaux m'ont piétiné sous leurs sabots!
Je meurs! -- Je vais mourir! -- Au secours! +

CRI AU LOIN
+ Les corbeaux ! ++

UNE VOIX, râlante et gouailleuse.
Ah! bon Dieu de bon Dieu! mon compte, tu le règles!

CRIS AU LOIN
+ Les corbeaux !.. Les corbeaux!... +

LE DUC
Hélas! où sont les aigles?

DIALOGUE DANS LE VENT
+ De l'eau! -- Mais c'est du sang, le ruisseau! -- Donne-m'en!
J'ai soif! +

CRIS DE TOUS LES COTES
+ J'ai mal! -- Je meurs! -- Aï! +

UNE VIEILLE VOIX ENROUEE
+ Sacré nom! +

UNE JEUNE VOIX
+ Maman! +

LE DUC, immobile, glacé, deux filets de sang lui coulant des lèvres.
Ah!...

UN GEMISSEMENT SUR LA ROUTE
+ Par pitié! le coup de grâce, dans l'oreille! +

LE DUC
Ah! je comprends pourquoi la nuit je me réveille!...

UN RALE DANS L'HERBE
+ Mais ces chevau-légers sont d'ignobles tueurs! +

LE DUC
Pourquoi d'horribles toux me mettent en sueurs!...

UN CRI DANS UN BUISSON
+ Oh! ma jambe est trop lourde! il faut qu'on me l'arrache! +

LE DUC
Et je sais ce que c'est que le sang que je crache!

TOUTE LA PLAINE, hurlant de douleur.
+ Ah!... ah!... +

Dans les ombres blêmissantes qui précèdent l'aube, au grondement
d'un orage lointain, sous des nuages bas et noirs qui courent, tout prend
une forme effrayante; des panaches ondulent dans les blés, les talus se
hérissent de colbacks fantastiques, un grand coup de vent fait faire aux
buissons des gestes inquiétants.

LE DUC
Et tous ces bras! tous ces bras que je vois!
Tous ces poignets sans mains, toutes ces mains sans doigts!
Monstrueuse moisson qu'un large vent qui passe
Semble coucher vers moi pour me maudire !...

Et défaillant, jetant en avant des mains suppliantes.
Grâce!
Grâce, vieux cuirassier qui tends en gémissant
D'atroces gants crispins aux manchettes de sang!
Grâce, pauvre petit voltigeur de la Garde
Qui lèves lentement cette face hagarde!
-- Ne me regardez pas avec ces yeux! -- Pourquoi
Rampez-vous, tout d'un coup, en silence, vers moi?
Dieu! vous voulez crier quelque chose, il me semble !...
Pourquoi reprenez-vous haleine tous ensemble?
Pourquoi vous ouvrez-vous, bouches pleines d'horreur?
Et courbé par l'épouvante, voulant fuir, ne pas entendre :
Quoi? Qu'allez-vous crier? Quoi?

TOUTES LES VOIX
+ Vive l'Empereur! +


 L'AIGLON - EDMOND ROSTAND


  • histoire des comediennes


JEUNE CHANTEUSE

PAM

BANDE-DEMO COMEDIENNE - VIDEO JEUNE ACTRICE

--> NOUVEAU SITE : COMEDIENNES & CHANTEUSES




FACEBOOK FILMS7 FACEBOOK COMEDIENNES JEUNES ACTRICES sur FACEBOOK



  Jeunes actrices : Profils et vidéos   |   Nouvelles photos   |   Photographes de comédiennes   |   Photo au hasard  


FILMS7.COM | Contact : films7.com(at)gmail.com



Ancienne version du site. Retrouvez un nouveau site ici : comediennes.org/actrice